lundi 13 janvier 2014

Séance du 8 octobre 2013

En 4L de Malagnou à Kaboul. 2ème partie : en Afghanistan
par Françoise Malleroff


Carte de l'Afghanistan


Pour cette seconde partie de sa présentation sur son voyage en Afghanistan en 1974, Françoise Malleroff nous a emmenés sur des chemins encore plus aventureux que lors de la première partie jusqu’à Meshed en Iran. Dès l’entrée en Afghanistan, le changement est palpable, les routes sont moins bonnes, tout le pays semble figé dans un lointain passé. Cinq ethnies cohabitent : les Pashtous, présents sur l’ensemble du territoire, les Tadjiks au nord de Kaboul, les Hazaras dans le centre montagneux du pays, enfin les Ouzbeks et les Turkmènes, groupes turcophones proches de la frontière avec l’Union Soviétique au nord. L’entrée dans le pays se fait sans problème. Une vieille citadelle marque l’entrée dans Herat, où l’artère principale qui mène à la Mosquée du Vendredi n’est parcourue que par quelques carrioles et vélos. 
Hérat - la vieille citadelle

Hérat - L'avenue vers la Mosquée du Vendredi

La vie semble bien tranquille dans cette ville de 65'000 habitants (aujourd’hui 400'000 et seconde ville du pays), avec ces familles qui se promènent dans les rues. Il existe plusieurs routes pour atteindre Kaboul – ce sera celle par le sud, contournant le centre difficilement accessible, et passant par Kandahar et Ghazni. Réputée dangereuse à cause de bandits s’attaquant aux automobilistes isolés, il est décidé de s’intégrer dans un convoi de camions. Mais les contraintes sont telles qu’au bout d’un moment, il sera décidé de continuer seul. Heureusement la route jusqu’à Ghazni sera parcourue sans problème. La ville est accueillante et chaleureuse. L’occasion de voir quelques magnifiques marchés, notamment pour les fruits et légumes ou pour le blé.

Ghazni - Familles en promenade

Ghazni - Le marché aux fruits


Ghazni - Le marché aux grains

Puis ce sera le dernier trajet jusqu’à Kaboul, mélange de ville moderne et traditionnelle. Le but est atteint enfin, après tant de kilomètres depuis Genève ! Les premiers faubourgs sont très modestes, mais plus loin, les traces des Anglais qui y régnèrent en maîtres jusqu’à l’indépendance au début du XXe siècle y sont encore bien visibles, comme le Club House au milieu de magnifiques jardins. Le centre ville est moderne et un hôtel confortable permettra de laisser voiture, bagages et fatigue pour quelques jours. Découverte de la ville à pied, notamment dans le quartier de Shar-i-Nao, où se trouvent les boutiques traditionnelles. Les camions richement décorés font l’admiration des étrangers.
Enfin Kaboul est en vue

Kaboul - Le superbe Club House, vestige de la présence anglaise


Kaboul - Echope traditionnelle


Kaboul - Décoration locale des camions...


Excursion à Istalif - Accueil fleuri


Istalif - Ecoliers entourant leur professeur


Cabine téléphonique locale

Après avoir rencontré des amis suisses, il est décidé de laisser la voiture à Kaboul et de rejoindre un groupe qui part vers Bamiyan et dans le nord du pays avec un petit bus. Il faut franchir deux cols à 3000 et 3485 m d’altitude pour atteindre la vallée de Bamiyan. Là, taillés dans les falaises, se nichent les deux grands Bouddhas que les talibans détruiront par la suite. Ces statues gigantesques sont très impressionnantes. La route se poursuit vers les lacs de Band-i-Amir. Le chemin est rude, heureusement que la voiture est restée à Kaboul ! Le long du chemin, les tchaïkanas (maisons de thé) fournissent des haltes bienvenues. 
Sur la route de Bamiyan, rencontre avec une caravane de chameaux

Vers les cols Unaï (3000 m) et Hajigak (3485 m)

Arrivée dans la vallée de Bamiyan, avec la falaise des grands Bouddhas

Un des grands Bouddhas de Bamiyan

Gros plan sur un des Bouddhas


Jeune fille Hazara

Halte bienvenue dans une tchaïkana (maison de thé)

Les lacs suspendus de Band-i-Amir, qui s’étagent entre 2600 et 2500 m d’altitude, sont une pure merveille, magnifiques étendues d’eau qui se déversent les unes dans les autres en cascades successives. Le patron du minuscule hôtel organise un bouzkachi, le jeu traditionnel où des cavaliers virtuoses doivent s’emparer d’un cadavre de chèvre pour aller le porter dans leur camp, ce qui donne lieu à des chevauchées sauvages pour les deux équipes en compétition. Joseph Kessel en fait un chapitre magistral dans son roman « Les Cavaliers ».


L'une des plus grandes merveilles de l'Afghanistan: les lacs suspendus de Band-I-Amir




Jeu du "bouzkachi" (l'attrape-chèvre) organisé ce jour-là en l'honneur des visiteurs étrangers


La route se poursuit vers le Nord, dans des défilés impressionnants et des paysages grandioses, pour atteindre Kunduz, une ville de 50'000 habitants. L’occasion de voir notamment des écoliers et des écolières, l’éducation étant considérée alors comme prioritaire à cette époque, pour les garçons comme pour les filles. Le photographe ambulant est une figure de la ville. 


Défilé dans la vallée d'Ajar


Le long de la rivière Ajar

Kunduz - Les enfants jouent...

Kunduz - Ecolière portant fièrement son uniforme


Kunduz - Photographe ambulant
 
Au-delà de la ville, la route conduit à Tashkurgan (appelé aussi Kholm), à l’entrée de la vallée du Pamir. Le point fort de la ville : le grand bazar, l’un des plus beaux d’Afghanistan. Rien ne semble avoir bougé depuis des siècles ! En continuant vers l’Ouest, on atteint Mazar-i-Sharif, lieu de pèlerinage pour les Chiites comme pour les Sunnites. Quelques kilomètres plus loin, c’est Balkh – l’ancienne Bactriane. Tous les grands conquérants ou les grands savants de l’antiquité sont venus à Balkh. Belles ruelles avec leurs échoppes, la tombe d’un chef spirituel soufi du XVe siècle est en bien mauvais état, comme le dôme de la mosquée. C’est aussi à Balkh qu’a lieu la rencontre avec un ami ouzbek, suite à un rendez-vous arrangé depuis au moins 6 mois, à l’heure dite et au lieu convenu dur la place du marché ! Les moments passés en sa compagnie marquent la fin du périple. Il est temps déjà de revenir à Kaboul. 
Tashkurgan (Kholm) - L'un des plus beaux bazars 

Tashkurgan - Petite porteuse de pain

Troupeau de moutons sur la route vers Mazar-I-Sharif


Entrée dans Mazar-I-Sharif, cavaliers et chameaux

Balkh, l'antique Bactriane - Echopes

Balkh - Le tombeau de Nasri-Parsa, chef spirituel soufi du XVe siècle, en piteux état

Balkh - Dôme du tombeau de Nasri-Parsa

Balkh - L'ami ouzbek retrouvé à l'heure et à l'endroit convenus 6 mois avant depuis la Suisse!

Le tunnel du Salang, ouvrage de 2.7 km de long, à 3600 m d’altitude, réalisé par les Russes, facilite grandement le trafic entre Kaboul et les villes du nord du pays. A sa sortie, dernier moment rêvé : une noce, avec les convives qui dansent sur la route au son d’un petit orchestre, alors que la mariée, toute voilée sur son chameau, ne laissera pas voir son visage.


Tunnel de Salang, 2.7 km, à 3000 m, construit par les Russes

Tunnel de Salang - Rencontre impromptue avec un groupe allant à un mariage

Groupe de musiciens, mais la future mariée, sur son chameau, se cache derrière un grand voile rouge 

De retour à Kaboul, il faut quitter le groupe des amis et le petit bus qui a permis le grand tour par Bamiyan, les lacs de Band-i-Amir, Kunduz, Tashkurgan, Mazar-i-Sharif et enfin Balkh - la fabuleuse Bactriane de l’antiquité. La 4L est toujours là et prête pour la longue route du retour. Il faudra 15 jours pour parcourir les 6800 km de Kaboul à Genève. A la sortie du tunnel du Mont-Blanc, l’occasion de faire le point avec d’autres amateurs de Renault 4L qui ont fait un parcours similaire. En tout, les 57 jours de ce voyage d’exception représentent 17'150 km, dont 1150 en bus de Kaboul à Kaboul.

A Chamonix, discussion avec d'autres grands voyageurs en Renault 4L également de retour d'Asie Centrale

Ces photos de 1974 sont précieuses, car elles montrent un Afghanistan aujourd’hui disparu et surtout devenu inaccessible pour les touristes. Les commentaires précis et tellement vivants de Françoise Malleroff ont fait de cette présentation un moment d’exception.

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